« Ainsi nous reconnaissons le niveau culturel élevé d’un pays quand nous constatons que tout y est soigneusement cultivé et efficacement organisé pour l’exploitation de la terre par l’homme, et que la protection de celui-ci contre les forces naturelles est assurée ; en un mot que tout y est ordonné en vue de ce qui lui est utile. En pareil pays, les fleuves aux crues menaçantes verraient leur cours régularisé, et les eaux disponibles amenées par des canaux aux points où elles feraient défaut. Le sol serait cultivé avec soin et l’on y sèmerait des plantes appropriées à sa nature ; les richesses minérales extraites assidûment du sous-sol y seraient employées à la fabrication des instruments ou des outils indispensables. Les moyens de communication y seraient abondants, rapides et sûrs, les bêtes sauvages et dangereuses exterminées, l’élevage prospère.

Mais nous réclamons davantage à la civilisation et nous souhaitons voir encore ces mêmes pays satisfaire dignement à d’autres exigences. En effet, nous n’hésitons pas à saluer aussi comme un indice de civilisation – tout comme si nous voulions maintenant désavouer notre première thèse – ce souci que prennent les hommes de choses sans utilité aucune ou même en apparence plutôt inutiles ; quand par exemple nous voyons dans une ville les jardins publics, ces espaces qui, en tant que réservoirs d’air et terrains de jeu, lui sont nécessaires, ornés par surcroît de parterres fleuris, ou encore les fenêtres des maisons parées de vases de fleurs. Cet « inutile » dont nous demandons à la civilisation de reconnaître tout le prix n’est autre chose, on s’en rend compte immédiatement, que la beauté.  »

Sigmund FREUD, Malaise dans la Civilisation, 1929

Fondée en 2016, à l’initiative de Célia Vaz-Cernaglia, psychologue et Directrice du département de Psychologie de l’UCLY, l’association est née d’une disparition, d’un désir et d’un effet d’opportunité.

Le contexte était le suivant: à une époque où la sélection s’opérait encore entre M1 et M2, un dispositif de transition avait été inventé pour accueillir des étudiants qui étaient « ni, ni… »  Ayant obtenu un M1, ils n’avaient cependant pas pu entrer dans le M2 souhaité, et l’Université proposait la possibilité de se perfectionner sur la base de stages et d’une supervision. Dispositif qui a conduit un certain nombre de ces étudiants à être psychologues, mais qui a du s’arrêter du fait de contraintes administratives.

Ce dispositif rejaillira après une ellipse, pour finalement devenir obsolète un an plus tard, du fait de l’application de la sélection en fin de L3. Toujours est-il que c’est dans ce vide qu’est né R-PSYCLY, avec une vocation qui était alors beaucoup plus tournée vers l’intérieur que vers l’extérieur: fournir un espace pour ces étudiants, en les faisant voisiner avec des psychologues, des enseignant à l’UCLY, en les associant à ingénierie de recherche, et ainsi les encadrer, les aider à développer des capacités. Ce n’était pas là la seule motivation, car nous constations aussi la difficulté à créer un réseau d’anciens étudiants, comme peuvent le faire certaines écoles.

Il y avait alors dans les murs un stagiaire en communication dont la formation le menait à s’intéresser à l’organisation de la vie associative. Une petite équipe s’est donc amalgamée, composée de psychologues issues ou du Master de psychologie et psychopathologie clinique de l’enfant et de l’adolescent, des enseignants de l’UCLY,. Rapidement, des statuts furent déposés. Significativement, le premier bureau était composé de la directrice du département, de la directrice pédagogique et de l’assistante du Master. La gouvernance était encore un peu floue, les contours entre administration et membres peu différenciés. Le nom, lui même, semblait le fruit d’un compromis entre plusieurs tendances peu claires.

Cette première équipe a néanmoins posé des bases, lancé le mouvement et élaboré un certain nombre de propositions qui émergeront plus tard. Elle a par ailleurs posé les bases juridiques de l’association. Un premier événement très ambitieux, axé recherche a eu lieu, en appui sur le département de psychologie. Cependant, pour des raisons diverses, de temps, de distance, de structure, d’enjeux institutionnels, la volonté de départ s’est quelque peu effilochée. Plusieurs membres ont démissionné tour à tour, soit officiellement, soit sans plus donner de nouvelles. La situation particulière des psychologues membres de l’association, d’abord préoccupés par leur insertion professionnelle, et pouvant du jour au lendemain être amenés à partir loin était un élément non négligeable.

Toujours est-il que nous avons abouti courant 2018 a une situation assez paradoxale: les membres élus n’étaient quasiment plus aux affaires, tandis que des membres de base de l’association, sans pouvoir donné par les statuts, mettaient en place des actions concrètes: une première journée d’étude en partenariat avec le Syndicat National des psychologues et la participation à un colloque autour de l’oeuvre d’Albert Ciccone. Un balbutiement, mais qui néanmoins donnait une vrai visibilité à cette association.

Il fallait donc régulariser la situation. C’est ainsi qu’en novembre 2018, deux psychologues qui s’étaient impliquées dans cette relance, Julie Bernard et Chloé Laval, ont organisé une matinée de travail, sur les difficultés du psychologues, suivi d’une AG qui a pu permettre de reposer des bases associatives et d’élire un autre bureau, dans lequel les membres du département de psychologie sont désormais minoritaires en nombre (2/7). L’objet a été recentré, rééquilibré: proposer d’abord des outils concrets aux psychologues, dans lesquels ils peuvent se reconnaître, pour ensuite les faire cheminer vers la recherche, l’Université, ingénierie des colloques, l’accompagnement des étudiants.

Photo de Tirachard Kumtanom sur Pexels.com

Dans cette réunion, qui suivait une journée sur la difficulté des psychologues, la tonalité était clairement à la création de collectifs contre l’individuation de la vie professionnelle, ainsi que l’investissement d’énergie pour la défense du bien commun. Notion qui reviendra à plusieurs reprises.

De novembre 2018 au début 2019, ce nouveau bureau s’est surtout employé à reposer des bases méthodologiques: relire les statuts, poser des principes de gouvernance, faire des réunions régulières, travailler les dossiers un à un sans s’éparpiller, canaliser les énergies, définir l’identité, créer des commissions, temporiser, lancer ce site internet et son logo, etc. Des actions verront le jour en 2019, elles sont programmer.

Quant à la ligne à suivre, les bases étaient déjà pensés dès l’origine, et ont peu varié:

  • Proposer des espaces réflexifs pour les professionnels (Intervision, espaces de réflexions, etc.)
  • Proposer des outils concrets (Testotheque, bibliothèque)
  • Faire voisiner les étudiants, les professionnels, les Universitaires de manière à favoriser le passage vers le terrain, puis du terrain vers l’Université
  • Créer un réseau d’anciens étudiants, de manière à constituer un maillage important, en particulier pour les stages futurs
  • Profiter de l’adossement avec l’Université pour mener à bien des projets de recherche, de publication, de communication, etc.

Parmi les questions qui a travaillé l’association, le nom choisi a fait débat. Qu’est-ce que c’est que ce « R » ? De quoi est-il le nom ? Significativement, plus grand monde était présent pour se souvenir de ce que cela voulait dire ni de comment il avait été choisi. Les associations des personnes présentes allaient du coté de parents qui, incapables de renoncer chacun a un prénom, avaient donné à leur enfant un prénom composé un peu absurde. Finalement, nous sommes tombés d’accord sur le fait que cela pouvait signifier ce que nous voulions.

  • Le « R » de Recherche, pour accompagner
  • Le « R » de l’air ou le « R » de « aire de jeu »
  • Le « R de réseau.

Et nous avons fini par bien l’aimer.